Matteo Verdier
Étudiant en histoire, chroniqueur aperitivo · Paris
Master 2 d'Histoire à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Tombe amoureux du spritz en Vénétie à l'été 2024, se prend de passion pour le sujet à Barcelone, au bar Spritz et son Spritzómetro, en avril 2026.
· 30 recettes signées
Comment j'en suis arrivé au spritz
Je suis en dernière année de Master d'Histoire à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dans un séminaire qui étudie les sociabilités populaires en Méditerranée du XVIIIe siècle à aujourd'hui. Ma directrice de recherche travaille sur les cafés napolitains ; moi je suis parti sur les bars nord-italiens, les ombra de Vénétie, cette culture du verre debout au comptoir qui a survécu à toutes les réformes du travail européennes.
L'été 2024, avec deux copains de la fac, on s'est fait une virée d'un mois en Vénétie, sans plan précis. On voulait tester les bacari de Cannaregio, boire ce que les vieux buvaient. C'est là que j'ai vraiment compris le spritz. Pas l'Aperol touristique, non : le Select vénitien servi dans des verres à moutarde, une olive géante piquée sur un cure-dent. Le Cynar Spritz d'un café de Padoue à 15h un jeudi. La cameriera qui rigolait de me voir prendre des photos.
Avril 2026, week-end à Barcelone avec Camille. Elle voulait voir les gargouilles du Barri Gòtic. On tourne dans les ruelles, on tombe sur un bar au Carrer de la Tapineria, 6, tout simplement appelé Spritz. Sur un pan de mur, une échelle peinte, baptisée Spritzómetro, range la carte du plus doux au plus amer : Hugo, Limoncello, Mixto, Aperol, Select, Cynar, Cambogia, Campari. En dessous, le slogan "No pidas un spritz, pide TU spritz". J'ai commandé le Cambogia, posé mes questions à la barmaid, vidé mon carnet Moleskine. Camille s'est endormie sur son Hugo.
En rentrant à Paris, j'ai commencé à écrire QuelSpritz. L'idée : rassembler ce que je testais chez moi le vendredi soir, le croiser avec les archives italiennes que je consulte à la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour mon mémoire, et proposer aux lecteurs français une vraie cartographie du spritz. Pas la version marketing d'Aperol, pas les listicles pressés. Un site pour ceux qui veulent comprendre pourquoi ce cocktail est devenu si central dans la sociabilité italienne moderne, et comment le préparer chez soi sans se planter.
Comment je teste chaque recette
Je teste chaque recette au moins trois fois : une première pour la codification (respect des ratios de la source la plus fiable), une deuxième pour l'adaptation à ce qu'on trouve vraiment en supermarché à Paris, une troisième pour la variante. Chaque étape est photographiée, chaque bouteille listée avec son millésime, chaque erreur notée. Quand une recette a plusieurs codifications concurrentes (Aperol Spritz 3-2-1, Spritz Veneziano 4-2-1, version padouane 3-2-2), je les documente toutes et je précise laquelle je préfère et pourquoi.
Pour l'historique, je croise systématiquement au moins trois sources : le Manuale del bar d'Enrico Ballotta (1966), l'incontournable La Spritz d'Alessandro Marzo Magno (Il Mulino, 2019), et l'Oxford Companion to Spirits and Cocktails de David Wondrich (OUP, 2021) pour les recoupements transatlantiques. Quand je cite une origine, je la mets en note. Quand il y a un doute, je le dis. C'est le métier d'historien avant d'être celui de barman.
Sources et références
Les ouvrages que je consulte régulièrement pour valider les histoires et les codifications.
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Manuale del bar , Enrico Ballotta (1966) , Hoepli
Référence classique italienne, taxonomie des amers et des ratios codifiés.
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La Spritz: storia di un cocktail italiano , Alessandro Marzo Magno (2019) , Il Mulino
Histoire sociale du spritz, de l'occupation autrichienne à l'ère Aperol.
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The Oxford Companion to Spirits and Cocktails , David Wondrich (2021) , Oxford University Press
Recoupements transatlantiques, chronologie fiable des amers italiens.
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Difford's Guide (édition en ligne) , Simon Difford (2026) , Difford's Guide
Base de données de cocktails, ratios contemporains et variantes bar.